Adresses Québec 2.0, toute “opinion” n’est pas bonne à dire

La conférence Géomatique 2011 de Montréal, a permis au MRNF de lancer sa gamme de produits Adresses Québec 2.0. Ce projet de base de données routières vieux d'une dizaine d'années est le résultat d'une collaboration de longue date entre quatre ministères (Ressources naturelles, Transports, Élections, Municipales), ce qui ajoute à sa complexité.

N'ayant pas vraiment eu de réponse à ma demande d'#échangeconstructifdemandésvp, sur mon timeline twitter suite à ce tweet légèrement tranchant, je suis donc allé à la source pour avoir plus d'information sur le projet et sur le comment les ministères impliqués avaient l'intention de financer leurs opérations de mises à jour de cette Géobase routière toute québécoise.

L'offre se découpe en une gradation de 6 produits : AQréseau, AQcarto, AQgéo, AQpro, AQgéobâti, AQdirection.

Le produit gratuit AQréseau,  avec ses champs "NomRte", "NoRte", "ClsRte"  n'offre que la possibilité de produire des cartes avec un SIG bureautique donc pas vraiment utile pour la recherche d’adresses!  Bien que les mises à jour soient fréquentes (à vérifer), on pourra utiliser l'alternative nationale plus complète, avec tranches d'adresses sur le site de la Géobase fédérale.  Par contre ce produit est mis à jour une fois par année.  De plus, le "Réseau routier national" (RRN) est connecté topologiquement aux provinces voisines, ce qui sera un gros avantage pour plusieurs.  Enfin, Adresses Québec est plus à jour géographiquement que le RRN (408 276 vecteurs contre 397 529 au RRN).

AQcarto (contexte cartographique) sera offert en WMS aux clients sous contrat, donc pas ouvert au public! Il faudra avoir un compte avec un mot de passe pour pouvoir y accéder!  Ce service ne sera donc pas vraiment destiné à une application Web destinée au grand public.   À moins d’utiliser une cascade WMS offerte par l’organisation sous contrat.    Mapserver par exemple offre cettte option avec l'option de gérer l'authentification avec "wms_auth_username" et "wms_auth_password".  Pour GeoServer, cette option en cascade devrait être éventuellement disponible.

Il faut opter pour l'option AQgéo pour commencer à pouvoir géocoder des adresses sur le territoire québécois.  Il est intéressant de connaître qu'avec l'option AQpro on pourra avoir accès à des mises à jour régulières (mois, aux 3 mois, année).

Une option inédite qui n'est disponible nulle part ailleurs est l'option AQgéobâti, une option inédite qui n'est disponible nulle part ailleurs, offre la possibilité de cartographier les 3.2 millions d'adresses (points) attachées aux segments de routes provenant du rôle d'évaluation municipale du MAMROT.

Du coup, la recherche et le positionnement d'adresses directes sans algorithme de géocodage, beaucoup plus précis seront possibles.  Quant qu’à la dernière option AQdirection,  elle permettra de faire les calculs d'itinéraires.

Les produits sont destinés à la fonction publique (ministères, organismes, municipalités) et devraient techniquement rester gratuits pour tous ses utilisateurs en fonction des ventes au secteur privé.  C'est ici qu'on entre dans une zone grise!  La liste des prix n'est pas disponible.  Une demande doit être adressée à la Géoboutique, et sera évaluée cas par cas.   On m'a assuré que les prix étaient comparables à ceux du secteur privé (DMTI, Navteq).  Le secteur privé qui travaille pour le secteur public aura donc facilement accès au produit. Si les ventes ne sont pas assez importantes, il faudra probablement que tous les gros utilisateurs gouvernementaux contribuent une quote-part importante pour permettre à l'équipe de mises à jour (une dizaines de cartographes) de pouvoir travailler.

J'ai personnellement de gros doutes sur l'opération Adresse Québec 2.0.  À mon humble avis, on n’a pas encore trouvé la bonne formule pour mettre ce produit sur le marché.   On a attendu beaucoup trop longtemps pour le mettre en circulation avec la solution parfaite, payante et avec la traditionnelle gouvernance exclusive gouvernementale.  Pour quelle raison on a construit cette Géobase? Pour un projet spécifique ou pour la vendre? Produire cette donnée publique est une dépense pour un gouvernement.  Mais elle est une dépense rentable!  Malheureusement, la survie de ce projet et de sa réussite quant à la qualité des données, n'est liée qu'à son financement et non à son utilité.   L'innovation technologique et les retombées économiques liées à la libéralisation de la donnée ne sont aucunement considérées.  Nos organisations publiques n'ont peut-être simplement pas suffisamment de flexibilité pour créer un modèle de financement et de production, novateur en mode collaboratif et volontaire.  De plus, aller à contre courant de la plupart des grandes organisations nord-américaines avec les données de mission à caractère public, n'est pas une mince affaire.

Je ne dis pas que c'est simple et facile ce projet et ne souhaite pas sa fin loin de là. Pour avoir travaillé une quinzaine d'années dans la fonction publique québécoise, j'avoue que je comprends l'approche adoptée même si je ne l'endosse pas.  Je comprends le défi important que les quatre producteurs se sont imposés. Mais il reste que d'autres options privées seront toujours disponibles gratuites, ou payantes, pour ceux qui ont besoin d'une donnée fiable et cette option publique a peut-être raté sa cible!  On n'a peut-être simplement pas les moyens de nos ambitions!

Je souhaite la meilleure des chances au projet et aussi à mes amis qui y travaillent.  Nous suivrons votre projet avec intérêt.